Le service d’accueil et d’hébergement d’urgence : Comment accueillir les personnes à la rue?

Tous les ans, l’hiver emporte dans son sillage des personnes qui meurent dans la rue, seules et dans l’anonymat le plus total. Confronté à cette situation, le service d’accueil et d’hébergement d’urgence du Foyer Schoelcher essaye de faire au mieux pour éviter que le pire n’arrive. Entretien avec Samir Chibout, directeur adjoint du pôle hébergement logement, sur le quotidien du service. Bien souvent, mettre des personnes à l’abri ne suffit pas.

Une approche globale des personnes, dans une logique de parcours et non de rupture.

Bonjour Samir, peux-tu expliquer le fonctionnement du Service d’Accueil et d’Hébergement d’Urgence?

La mission principale du service est de sortir les gens de la rue en proposant une orientation adaptée. On peut dire que c’est un vaste programme et une très grande ambition. Le service est composé de deux entités, l’accueil de jour et l’hébergement d’urgence. Nous proposons un accueil 24h sur 24 et 7 jours sur 7, toute l’année. Au sein de l’accueil de jour, nous avons deux logiques. D’une part, nous essayons de répondre aux besoins élémentaires des personnes (se laver, manger…). D’autre part, nous essayons de proposer un accompagnement social personnalisé nécessitant l’intervention technique des salariés. Ils aident les personnes à recouvrir leurs droits (RSA, sécurité sociale, domiciliation pour bénéficier d’une adresse postale…).

Pour l’abri de nuit, l’objectif principal est de proposer le gite et le couvert mais au-delà de ça, c’est aussi créer du lien. Nous disposons de 16 places hommes et de 4 places femmes avec 6 places supplémentaires que nous pouvons ouvrir en période de grand froid. L’abri de nuit et l’accueil de jour, nous donnent une vision à 360° avec une approche globale des personnes, dans une logique de parcours et non de rupture.

La vocation du service est donc d’apporter une réponse qui va-au-delà de la situation d’urgence ? A quel moment décidez-vous d’arrêter la prise en charge ?

On ne se contente pas simplement de mettre des gens à l’abri. L’idée, c’est de proposer une orientation adaptée à chaque personne. On voit bien qu’il est difficile de proposer la même trajectoire à tout le monde. Chaque individu à son histoire, sa singularité et ses difficultés. Nous essayons de rentrer dans une logique de parcours pour permettre à des personnes de véritablement sortir de la rue et pouvoir s’insérer. Pour mener à bien notre travail, nous avons créé de toute pièce des dispositifs, pour répondre à des besoins et des problématiques qui restaient sans réponses. Les gens se retrouvaient très vite en difficulté. Par exemple, en 2008 nous avons créé le dispositif Espérance pour permettre à des personnes admises, confrontées à des addictions de toutes sortes, de les mettre directement en logement avec un accompagnement renforcé.

Concernant la prise en charge, nous sommes tellement sollicités dans le cadre de l’hébergement d’urgence qu’il arrive que nous n’ayons plus de place et c’est bien ça la difficulté. Néanmoins, nous invitons les personnes à venir à l’accueil de jour, régulièrement. A nous rencontrer, échanger pour évaluer la situation au mieux. En règle général, nous finissons toujours pas trouver une solution. Nous travaillons avec des partenaires et disposons de nos propres infrastructures. Nous ne laissons jamais personne sur le bord du chemin.

Notre ambition n’est pas simplement de mettre les personnes à l’abri mais d’aller au-delà

Comment le public accueilli arrive chez-vous ? Est-ce que vous avez des partenariats en place ?

C’est le 115 qui centralise toutes les demandes sur le département et oriente les personnes à l’accueil de jour ou en soirée. Comme je l’ai expliqué, notre ambition n’est pas simplement de mettre les personnes à l’abri mais d’aller au-delà. Depuis le mois de décembre, nous avons mis en place deux fois par semaine, une maraude en journée pour inciter les personnes à la rue à venir à l’accueil de jour. En soirée, la Croix-Rouge et l’ordre de Malte prennent le relais. Par ailleurs, nous sommes en lien étroit avec le CCAS qui nous alerte sur la situation de personnes qui ne souhaitent pas rentrer en contact avec Espoir parce qu’ils ont une vision négative de l’abri de nuit. Les partenariats sont indispensables. Les situations sont tellement complexes et imbriquées qu’il est nécessaire de pouvoir disposer, de l’expertise, du regard, de la logistique de tous pour pouvoir être efficace sur un territoire. C’est pourquoi nous avons des réunions de veille sociale avec les partenaires afin de réfléchir ensemble à des solutions.

Êtes-vous confrontez à des refus de personnes à la rue pour se rendre à l’urgence ? Comment faites-vous pour lever ces freins ?

Les maraudes en journée nous aident à faciliter la venue de personnes dans notre service, créer du lien et rassurer. Au-delà du partenariat avec le CCAS, nous avons créé un dispositif. L’AVDL (accompagnement vers et dans le logement) permet à des personnes ne souhaitant pas aller vers l’hébergement, de les aider à trouver un logement. Néanmoins, ces personnes doivent avoir les moyens, les ressources et les capacités à pouvoir occuper un logement seul. Le premier pas est difficile mais il nous appartient d’avoir les bons mots, de faire preuve d’empathie et de bienveillance pour avancer ensemble dans la confiance. Néanmoins, nous ne pouvons forcer personne à se mettre à l’abri mais en période de grand froid, nous faisons le maximum.

L’objectif est vraiment de mettre le plus grand nombre de personnes à l’abri

Ces dernières années, la situation d’un grand nombre de Français s’est précarisée. L’augmentation de la pauvreté est un constat alarmant. Avez-vous remarqué des changements dans le profil des personnes que vous accueillez ?

Le public qui nous accueillons est très hétérogène. Certains rencontrent des difficultés passagères et ont simplement besoin d’un petit coup de pouce. D’autres, sont confrontés à des difficultés plus importantes qui nécessitent un accompagnement adapté. Face aux problèmes psychiatriques, addictions de toutes sortes, le collectif devient très vite un frein. Par ailleurs, nous constatons une augmentation du nombre de femmes qui sollicitent le foyer Schoelcher. Notre structure ne dispose que de 4 places réservées aux femmes. Enfin, nous accueillons toujours autant de jeunes âgés de moins de 25 ans.

Nous sommes actuellement en pleine période hivernale. Comment préparez-vous cette période particulière ? Devez-vous faire face à une hausse de la fréquentation du service ?

L’objectif est vraiment de mettre le plus grand nombre de personnes à l’abri. Nous sommes plus souples qu’à l’ordinaire concernant notre règlement intérieur. L’arrêt de la prise en charge peut avoir de lourdes conséquences durant cette période. Au-delà de ça, nous mobilisons un maximum de moyens. On est parfois en sureffectif. Si les températures chutent, nous pouvons mettre des matelas supplémentaires dans les appartements. Nous l’avons fait l’année dernière et nous sommes prêts à le refaire si besoin. Nous sommes tous mobilisés !

Pour nous aider à accompagner dans la durée tout personne en difficulté vers des conditions d’existence autonome et digne

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