Interview de Jean Ziegler : la montée des populismes

Jean Ziegler, Association Humanitaire Colmar, Alsace, association

Altermondialiste, homme de gauche et sociologue, Jean Ziegler n’a jamais cessé d’être un indigné. Pour Espoir, il a répondu aux questions de Franck Buchy, journaliste aux Dernières Nouvelles d’Alsace au sujet de l’effondrement de l’esprit démocratique et la montée des populismes en Europe.

Jean Ziegler, auteur à succès, dénonciateur de la finance de marché

Auteur à succès, dénonciateur de la finance de marché et du capitalisme mondialisé, militant à l’engagement parfois décrié, le Suisse de 84 ans est vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies depuis 2009 après avoir été de 2000 à 2008 rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Son dernier ouvrage s’intitule Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu’elle en verra la fin).

Invariablement installé du côté des dénonciateurs, Jean Ziegler fustige « l’ordre cannibale du monde » et « la dictature planétaire des oligarchies du capital financier globalisé » avec des formules et des citations qui font mouche. Il analyse ici l’état du monde avec son regard qui le caractérise, empruntant volontiers les chemins de la philosophie et de la sociologie, sans oublier « les lumières dans la nuit » que constituent les amis d’Espoir.

 

On a souvent tendance à dire que c’était mieux avant. Le monde d’aujourd’hui est-il aussi mauvais et terrible ? Objectivement.

Chacun de nous vit une double histoire. Il y a celle que nous vivons empiriquement et il y a celle que nous voulons qui se manifeste sous forme d’utopie. La justice effectivement vécue aujourd’hui est terrible et régressive. Nous vivons sous un ordre cannibale du monde, sous la dictature planétaire des oligarchies du capital financier globalisé. Un enfant de moins de dix ans meurt de faim toutes les cinq secondes alors que l’agriculture mondiale, dans l’état actuel de son développement, pourrait nourrir normalement douze milliards d’êtres humains, c’est-à-dire le double de l’humanité. Pour la première fois depuis le début de ce millénaire, il n’y a plus de manque objectif. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Ce monde est meurtrier et absurde car il tue sans nécessité. Quelqu’un perd la vue à cause du manque de vitamine A toutes les quatre minutes. Dans le même temps il y a une inégalité incroyable : selon la Banque mondiale, les 500 plus grandes société multinationales privées du monde ont contrôlé 52,8% du produit mondial brut l’année dernière. Ce capitalisme globalisé échappe à tout contrôle étatique, interétatique, syndical ou parlementaire. Ces entreprises sont d’une grande créativité, le mode de production capitaliste est le plus dynamique et le plus créateur de richesses que le monde ait connu mais elles fonctionnent sur un seul critère : la maximalisation du profit dans le temps le plus court et à n’importe quel prix humain. Les 85 milliardaires les plus riches du monde ont contrôlé en 2017 autant d’avoirs patrimoniaux que les 4,7 milliards d’humains les plus pauvres du monde. Tel est l’ordre actuel du monde.

 

En Europe, la paix durable semble ne plus pouvoir juguler la montée des populismes. Les craignez-vous ?

L’humanisation de l’homme peut rater et des régressions effroyables sont possibles.

–> Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le numéro 170 de la revue Espoir – Juin 2018

 

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