Bernard Rodenstein et l’affiche de la campagne : « Cette année il n’y a rien d’autre à faire que de reprendre une affiche déjà parue, en l’occurrence en 1994, a suggéré notre dessinateur Phil Umbdenstock qui a hélas mille fois raison ». Photo Jean-Frédéric Surdey
À l’occasion du lancement de la campagne hivernale de l’association Espoir, son président fondateur lance pour la première fois un appel à des dons alimentaires : « C’est loin d’être la solution à tout, mais cela peut faire prendre conscience de l’urgence à la solidarité ».
« Lors de la création d’Espoir en 1973, l’association proposait 20 places d’hébergement qui suffisaient tant bien que mal. Aujourd’hui elle en dispose d’environ 120, et cela ne suffit toujours pas. En réalité 36 ans, après, c’est pire ! », soupire Bernard Rodenstein, en référence à l’affiche choisie pour la nouvelle campagne hivernale (ci-contre). « Depuis un an, la crise a nettement aggravé la situation : le fait le plus visible est la difficulté de trouver un logement », ajoute le président fondateur en précisant que depuis le début de l’année, plus de 200 personnes ont déjà été refusées dans les centres d’hébergement d’Espoir. Autre chiffre significatif, selon le pasteur : 125 demandes d’admission pour un poste de travail n’ont pas été satisfaites en 2009, contre 59 en 2008.
Ce qui amène Bernard Rodenstein à évoquer la circulaire du 16 septembre dernier, transmise aux préfets et relative à l’accès au logement des personnes hébergées : « On estime qu’environ 30 % des ménages hébergés, dans les zones les plus tendues, remplieraient immédiatement les conditions pour habiter un logement ». « Afin de libérer les places nécessaires à l’accueil des sans-abri cet hiver », le gouvernement demande ensuite le relogement de 30 % de ces ménages, les places concernées étant « celles de stabilisation et d’insertion, et éventuellement les places d’urgence » .
La circulaire fait débat
« Sur la centaine de personnes que nous hébergeons en permanence, nous devrions donc en reloger une trentaine en logement social », déplore le président d’Espoir qui affirme que l’association ne s’y pliera pas « par principe » (le taux de relogement pourrait atteindre 25 % à la fin de l’année) : « L’État ne tient pas compte de l’offre locative réelle, et puis il suffit d’avoir un revenu pour être déclaré apte au relogement, alors qu’il faut tenir compte de l’état psychique d’une personne pour la réinsérer ».
Pour « faire prendre conscience de l’urgence à la solidarité », Espoir lance pour la première fois, en plus des dons financiers, un appel à l’aide alimentaire : « C’est loin d’être la solution à tout, mais quelques kilos de pâtes ou litres d’huile sont toujours utiles pour faire face aux demandes des nouveaux précaires » .
Un nouveau centre de traitement d’objets encombrants
Si les sollicitations augmentent, les ressources de l’association (30 % issues de la production des ateliers sociaux, 60 % de subventions, 10 % de dons privés) restent « stables » , selon Bernard Rodenstein qui parle de « risque » au sujet du dernier gros investissement (725 000 €) : le nouveau site de « retraitement des matières » d’objets encombrants (des négociations sont en cours pour leur collecte dans toute l’Alsace), au 73 rue des Pruniers à Colmar, qui sera inauguré la semaine prochaine. Une dizaine de nouveaux postes de travail seront créés.
Jean-Frédéric Surdey